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  • 1 juillet 2016

L’utilité du coach ou l’apparition des BO2/BO3

L’utilité du coach ou l’apparition des BO2/BO3

Adieu BO1; personne ne va te regretter, excepté tous ces horribles coachs qui sont sur le point d’apparaître pendant les picks et bans. Le coach qui osera draft la même composition coup sur coup est bon pour une rapide défaite 0-2; les coachs qui s’enferment dans une composition dès le first pick et qui se retrouvent avec leur « siege-centric team » contre une team « split-push » versatile, se retrouvent à assiéger avec et à perdre la partie avant même qu’elle ne soit commencée.

Un bon joueur peut jouer toutes les facettes de son rôle. Qu’il soit tank, utilitaire, là pour carry ou pour waveclear, il doit pouvoir s’adapter aux besoins de son équipe. Un bon coach peut assembler et « créer » une draft complexe ou surprenante autant qu’une classique et solide en transmettant sa vision de la victoire pour son équipe, utilisant son jungler pour organiser les rotations sur la map qu’il visualise dans son esprit. Une bonne équipe possède ces deux éléments, mais aucune ne peut exister sans cela.

Pour gagner sur League of Legends, vous devez détruire le Nexus, qui lui-même est protégé par les inhibiteurs (Merci captain Obvious!). Quand vous en serez a ce stade là, vous n’aurez pas besoin de beaucoup de diversité dans votre stratégie pour conclure la partie. Mais pour y arriver, vous avez énormément de manières différentes d’agir. Les plus connues qui ont traversé l’épreuve du temps sont les suivantes :

  • Siege : Rassembler les teammates et forcer les objectifs. Empêcher les engages ennemies, et augmenter la pression sur la destruction des tours pour ouvrir la map et continuer d’accroître la « pressure » globale des lanes.
  • Hard Engage : Forcer les teamfights en utilisant des sorts visant a engager qui ne peuvent pas être ignorés. Gagner le combat, prendre l’objectif, réinitialiser et répéter jusqu’à la victoire.
  • Split Push : Miser sur une composition de macrogame orienté sur du 1-3-1 lane ou du 4-1, lire les mouvements ennemis pour réagir à la pressure, et toujours faire des escarmouches gagnantes.
  • Contrôle des Objectifs : Priorité sur les champions et les stratégies qui peuvent contrôler les objectifs/zones neutres. Forcer votre adversaire a choisir entre combattre sur votre terrain ou vous donner les objectifs gratuitement.
  • Poke : Harasser l’ennemi à travers des dégâts conséquents pendant de rapides power play qui peuvent se répéter indéfiniment. Demande une bonne disengage et/ou un sustain conséquent.

Les patchs changent simplement de manière générale quelles stratégies sont les plus populaires et quels champions seront bons pour les exécuter, mais les conditions de victoire restent les mêmes. Aussi longtemps que les inhibiteurs seront là pour protéger le Nexus, il vous sera demandé de créer des situations de jeu où vous aurez mieux ouvert l’accès aux inhibiteurs ennemis qu’ils ne l’auront fait pour les vôtres. Pour y arriver, vous devez utiliser une des conditions habituelles de victoire. Mais comment décider de quelle manière atteindre la victoire ?

Choisir de quelle manière gagner la partie est un processus compliqué. Avant toute chose, vous devez analyser les forces et les faiblesses de chaque joueurs de votre équipe. Comprendre le style de jeu de chacun, leur champion pool, la synergie entre eux et par dessus tout la direction naturelle de l’équipe. Premièrement, si vous remarquez que votre équipe n’est pas forte à la fois sur le skill et la diversité de stratégie, alors mon premier conseil sera de vous dire de travailler là dessus immédiatement… mais par la suite, vous pourrez suivre les informations à venir, ou bien devenir une victime des équipes qui peuvent agir en conséquence. Les teams dont le style de jeu est « mono-orienté » peuvent tirer leur épingle du jeu sur du BO1, mais peuvent être facilement abusées dans un sens. Une équipe qui joue bien une composition « Pierre » peut aisément perdre contre une équipe qui joue maladroitement une composition « Papier ».

Exemple : L’Equipe A peut parfaitement jouer une « Hard Engage » et force donc cette composition à chaque draft. Equipe B aime jouer une « Siege », mais en réalisant la défaveur du matchup, ils décident de jouer une composition « Splitpush ». Même si l’Equipe B est moins confortable avec cette stratégie, ça devrait leur donner une meilleure chance que de jouer avec une stratégie où ils se sentent plus à l’aise mais qui est contrée en amont.

J’ai créé une hypothétique situation dans une partie LCS pour l’exemple. Ces chiffres sont complètement inventés et ne sont pas bons pour une analyse de la métagame en profondeur mais sont particulièrement aidants pour comprendre mon point. Disons que les différentes stratégies sont les suivantes :

  • Double TP Siege.
  • Last pick le midlaner pour counter.
  • 2 Tank 2 Hard Carry engage
  • Strong Pick . (5 champions meta)

 

Ces compositions les unes contre les autres ont les pourcentages de victoire suivants :

  • Siege gagne contre Splitpush 65% du temps.
  • Engage gagne contre Siege 65% du temps.
  • Splitpush gagne contre Engage 65% du temps.
  • Strong Pick gagne 50% contre les 3 stratégies du dessus.
  • Et évidemment, en cas de match miroir, le % est de 50.

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kKoma coach des SKT1 Telecom en plein debrief.
Photo credit : Lolesport.

Quel est la meilleure composition a choisir pour s’entraîner dans cet environnement ?
Si vous vous attendez a beaucoup de Splitpush, eh bien vous voudrez vous préparer a Siege. Si c’est du Siege qui vous attend, alors tournez-vous vers l’Engage. Et si vous pensez que tout cela sera joué de manière plus ou moins équitable, alors sortez les Strong Pick qui gagnent 50% du temps! Mais qu’en est-il des autres ?

Un simple calcul va résoudre tout ça.

(0.25 * 0.65) + (0.25 * 0.35) + (0.25 * 0.5) + (0.25 * 0.5)

= 0.25 * (0.65 + 0.35 + 0.5 + 0.5)

= 0.25 * 2

= 0.5

Chaque composition a donc en moyenne un winrate de 50%.

Je ne veux pas donner a cet article une tournure orientée metagame, mais si vous désirez en savoir plus et que l’anglais ne vous fait pas peur, je vous conseille un superbe article de Piemaster a ce sujet.

Ce que nous savons pour l’instant:

  • Il y a différentes stratégies pour gagner la partie sur League of Legends (No shit Sherlock!)
  • Chaque composition/draft d’équipe et conditions de victoire ont un % de réussite en relation avec la draft ennemie.
  • Savoir ce que votre ennemi va jouer est sensé influencer votre « decision making » sur quelle stratégie adopter.
  • Avoir peu de variétés stratégiques est une faiblesse.

 

Donc, dans ces conditions, comment être sûr que vous combattez de manière équitable quand vous entrez dans un Best Of Serie ?

1. Avoir plus qu’une seule stratégie à mettre en place.

Prendre certains champions pendant la première ou seconde rotation de draft qui peuvent être joués sur plusieurs lanes / par plusieurs joueurs. Il y a des champions qui sont très « rigides » dans leur utilisation, comme Nasus qui est un S+ Splitpusher, mais qui manque sévèrement d’utilité dans les autres stratégies. D’autres champions peuvent remplir plusieurs rôles dans une équipe, comme Lucian ou Lee Sin. Ce sont ces champions là que vous voulez pick dans les premières rotations de sélection pour avoir plus de marge de manœuvre pour finaliser votre composition et votre stratégie. Si dans les deux premières rotations vous prenez Kindred, Lucian et Alistar, vous pouvez aisément prendre n’importe quel type de Solo laners que vous désirez, vous devriez être à l’aise. A contrario, si vous prenez quelque chose comme Lissandra, Maokai et Skarner, cela vous « oblige » à vous regrouper et vous ne pouvez donc plus prendre un ADC avec peu de wave clear, et cela limite donc vos options.

2. Renseignez-vous sur votre adversaire, et sur vous-même du point de vue de l’adversaire.

On a trop souvent vu des équipes perdre une semaine de préparation entière à essayer de counter le style de jeu de son adversaire, seulement pour voir l’ennemi arriver avec quelque chose de complètement différent de ce à quoi s’attendre car les adversaires sont allés plus en profondeur dans la meta et on décidé de jouer VOTRE counter. Soyez prêt a deux scénarios essentiels : les ennemis ne vont pas forcément ajuster leur gameplay/stratégie car ils se sentent confiants et pensent avoir la meilleur stratégie, quelque soit la stratégie avec laquelle vous arriverez; ou bien l’adversaire préparera une stratégie spécialement conçue pour vaincre votre stratégie principale. Votre draft devra donc inclure des solutions à ces deux problèmes.

3. Ne pas avoir peur de « triple ban » les champions efficients d’une composition contre laquelle vous venez de perdre.

Quand Fnatic a réussi l’exploit de faire 18-0 l’été dernier en Regular Split, cela a été rendu possible par le fait que les équipes ont refusé de s’adapter pendant la semaine. Chaque début de semaine, ils créaient une nouvelle stratégie, peaufinaient les champions à utiliser, et on a eu des compositions similaires coup sur coup régulièrement. Mais à l’époque en BO1, les coachs ont eu du mal à avoir la présence d’esprit de s’adapter de cette manière. Si vous perdez une partie contre une équipe qui est considérée comme moins « bonne » que vous, ciblez vos bans sur les champions qui permettent à la composition de fonctionner de la manière dont ils l’utilisent. Le midlaner commence à splitpush en force ? Bannissez son assassin pendant la draft et prenez de quoi bully les assassins dans un matchup 1v1. Le support carry la partie grâce a un pick playmaker ? Débarrassez vous de Bard et Alistar et forcez-le à pick un support peel. En général, si l’équipe adverse réussit avec quelque chose, il faut les forcer à tenter de réussir avec autre chose.

4. Être capable de savoir si vous avez perdu à cause de la composition ou d’une erreur d’un joueur.

Parfois vous vous faites outdraft, parfois vous vous faites outplay, mais comme l’a dit un jour Romain Gary : « Il est moins grave de perdre que de se perdre. »
Vous perdez doucement le contrôle de la partie alors qu’il n’y a eu aucun kill de part et d’autre ou presque ? Vous vous êtes fait outdraft. Lucian a flash out de votre ulti Cassio ? Vous vous êtes fait outplay. Vous avez totalement raté votre ultimate? Vous vous êtes outplay vous-même (héhé). Apprenez les différences et ajustez quand vous le DEVEZ, non pas parce que vous avez l’IMPRESSION d’avoir à le faire.

5. N’ayez pas peur de cacher votre jeu si vous sentez que c’est la bonne chose à faire.

Aphromoo nous l’a tous rappelé pendant les MSI avec Sona, pick un champion qui est généralement « limité » et considéré comme outmeta peut avoir des avantages. La préparation de votre adversaire peut être troublée, vous faisant gagnant un large avantage sur le point de vue du coaching. Si vous connaissez la force de votre champion bien mieux que vos adversaires, ou simplement si vous avez une manière unique de le jouer, cela peut aisément inverser la tendance et mettre votre ennemi en position de tilt intense.

6. Si vous gagnez la game 1, restez avec la même stratégie pour la suivante.

Si vous relancez la même stratégie à la seconde partie alors que vous avez gagné la première, cela va forcer votre adversaire à montrer tout ce qu’il a en stock sous réserve de devoir quitter le navire. De plus, retourner sur la même stratégie qu’à la game 1 en game 3 n’est pas agréable à vivre et peut causer de sévères doutes dans l’esprit de vos joueurs, surtout après avoir perdu la game 2 en jouant quelque chose de différent. Par ailleurs, cela force votre opposant à vous montrer plus de cartes de son jeu, vous accordant dans le cas d’une défaite une game 3 plus propre et préparée. Ils seront moins enclins à changer leur gameplay/stratégie en game 3 si ce qu’ils ont utilisé en game 2 a marché, vous permettant du coup une draft plus simple en démantelant tout les points forts de leur composition.

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Photo credit : Lolesport.

« To do list » Si vous êtes un coach :

  • Faites l’inventaire de tous les champions que vos joueurs peuvent jouer.
  • Faites une composition d’équipe qui remplit chaque condition, en trouvant des champions qui remplissent plusieurs conditions à la fois.
  • Ouvrez la discussion avec vos teammates, sur quelle stratégie ils préfèrent, avec lesquelles ils se sentent les plus faibles, et dans quelles conditions ils se voient les jouer.
  • Faites le schéma identique pour vos adversaires et croisez les similitudes. Trouvez la où se chevauchent les différents gameplay, pool champs, et draft en fonction.
  • Établissez une priorité dans les picks. Commencez avec quelque chose comme « Si rien n’est ban ou pick, qu’est ce qu’on devrait prendre? » Et ensuite travaillez à partir de cette base. Soyez sûr d’intégrer des exceptions dans votre réflexion. « Si X se fait ban, alors Y est le 2nd choix, mais si ce n’est pas ban alors Z est notre 2nd choix.
  • Mettez à plat toutes les conditions principales pour chaque stratégie avec votre équipe. N’ayez aucun doute, qu’ils comprennent que quand ils jouent une composition orientée sur la solo lane, la botlane a pour seule responsabilité de « ne pas perdre la game ». Cela peut parfois être dur à comprendre comme concept pour certains joueurs.
  • Planifiez tout. Ayez un plan de route pour les 3 games et ayez une idée précise pour chaque pick et ban draft.

 

 

Voilà, c’était mon premier article pour Oserv et j’espère qu’il vous aura plu ou au moins aidé à mieux appréhender la phase de draft. N’hésitez pas a me donner vos retours !

4 commentaires
  • Breathless 2 juillet 2016 à 1 h 19 min

    Article très bien construit. Reprenant en français l’article en lien, mais en plus complet et plus digeste.
    Le Bo1 n’était pas déplaisant mais permettait beaucoup de trou dans la recherche stratégique aux équipes professionnelles. Aujourd’hui force est de constater qu’il ne peut plus y avoir d’imposture de coach, ni de joueurs. Tous doivent s’acharner encore plus qu’avant et mettre un réel travail au profit du collectif tout en conservant l’étincelle du talent individuel.
    Merci pour cet article rafraîchissant et plein de bon sens, j’aurais aimé aller en profondeur dans la métagame. Le besoin de méta, son existence et sa vulnérabilité.
    J’espère relire un nouvel article du genre bientôt.

  • Asimov 2 juillet 2016 à 3 h 57 min

    Salut Breathless et merci pour ton commentaire 🙂

    Effectivement, j’aimerais moi aussi rentrer dans la métagame plus en profondeur, mais je trouvais que pour un premier article pour Oserv ca faisait déjà beaucoup, d’autant plus que c’est assez « spécifique » comme type d’article. Tout le monde n’est pas en mesure de forcément l’appréhender a 100% et je comptais même faire un autre article « lexique » pour que tout le monde puisse comprendre les termes employés ici et à venir.

    C’est vraiment agréable d’avoir un retour construit et positif en tout cas !

    A plus tard sur les champs de justice !

  • Ame 3 juillet 2016 à 14 h 34 min

    Très très bonne surprise en lisant cet article ! J’ai hâte d’en découvrir plus de toi.

  • Luna 7 juillet 2016 à 15 h 19 min

    Salut Asimov,

    C’est à travers ce magnifique article qu’on se retrouve mon cher petit ourson. Structuré, complet et pertinent : Cette analyse, travaillée dans une logique de précision, retrace bien ce qu’on attends de ce sujet. C’est simple à comprendre et très juste dans les termes employés. Mais je n’en attendais pas moins de toi.

    Au plaisir de te lire . A quand les prochains articles ? èé !

    Luna, un ours assassiné.

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